Présentation clinique : dyspnée inspiratoire chez une chatte âgée #
À l’examen clinique, on observe des sifflements inspiratoires (dyspnée inspiratoire bruyante) ainsi qu’un tirage costal, suggérant une obstruction des voies respiratoires supérieures. Les radiographies thoraciques réalisées par le vétérinaire traitant font suspecter la présence d’une masse trachéale distale.
Diagnostic : masse trachéale et bilan d’extension par scanner #
Dans l’hypothèse d’une tumeur trachéale, un scanner thoracique est réalisé. Le bilan d’extension est négatif et confirme une obstruction quasi complète de la lumière trachéale.
Traitement initial : endoscopie respiratoire et debulking trachéal #
Une endoscopie respiratoire est réalisée en urgence afin de lever l’obstruction (debulking endoscopique de la masse). Toutefois, la base de la tumeur ne peut pas être retirée complètement.
L’analyse histologique, réalisée chez Antech, identifie un carcinome tubuleux trachéal.
Carcinome trachéal chez le chat : caractéristiques et options thérapeutiques #
Ce type de tumeur, rarement décrit, est généralement très infiltrant localement et métastase peu à distance.
Les options thérapeutiques incluent :
- Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS)
- Le tocéranib (Palladia ND) dans une approche palliative
- La chimiothérapie, peu documentée dans ce contexte
- La radiothérapie, non retenue dans ce cas
Le debulking permet un soulagement rapide des signes cliniques, mais l’amélioration reste temporaire en raison du caractère infiltrant de la tumeur. Deux nouvelles endoscopies sont nécessaires à 3 mois puis 2,5 mois plus tard.
Récidive des signes respiratoires et décision chirurgicale #
Un mois et demi plus tard, les signes cliniques récidivent. Après discussion avec les propriétaires et réalisation d’un nouveau bilan d’extension, une prise en charge chirurgicale est envisagée afin de retirer un maximum de tissu tumoral.
Cette intervention est théoriquement possible si la longueur de la masse n’excède pas 20 % de la trachée.
Les principaux risques sont expliqués :
- À court terme : risque anesthésique, déhiscence des sutures, paralysie laryngée
- À long terme : toux persistante, sténose trachéale (jusqu’à 5 semaines post-opératoires), récidive
En cas d’exérèse large sans complication majeure, le bénéfice attendu est important, avec un taux de survie estimé à 80 %.
Chirurgie trachéale : résection et anastomose #
Une thoracotomie intercostale droite est réalisée. Une trachéoscopie per-opératoire permet de délimiter précisément les extrémités de la masse.
La portion trachéale atteinte est retirée, ainsi que les nœuds lymphatiques trachéobronchique et sus-sternal (résection-anastomose trachéale et lymphadénectomie régionale), sans complication per-opératoire.
Après une semaine d’hospitalisation et le retrait du drain thoracique, la chatte peut rentrer à domicile.
Résultats et évolution post-opératoire #
L’analyse histologique confirme une exérèse complète avec des marges saines mais étroites (2 mm), ainsi qu’une absence d’atteinte ganglionnaire, ce qui est un élément pronostique favorable.
Trois mois après l’intervention, la patiente est en très bon état général et ne présente plus de dyspnée.
Conclusion : prise en charge multidisciplinaire d’une tumeur trachéale féline #
Ce cas clinique illustre l’importance d’une prise en charge multidisciplinaire dans le traitement d’une subobstruction trachéale par carcinome trachéal chez le chat, combinant imagerie, endoscopie interventionnelle et chirurgie spécialisée.
