Qu'est-ce que l'insuffisance cardiaque congestive ? #
L'insuffisance cardiaque congestive (ICC) désigne l'incapacité du cœur à pomper suffisamment de sang pour répondre aux besoins de l'organisme. Lorsque le cœur ne peut plus fonctionner efficacement, un excès de liquide s'accumule, entraînant une augmentation de la pression dans les vaisseaux sanguins, qui deviennent alors perméables. Lorsque du liquide commence à s'échapper des vaisseaux sanguins, on parle d’insuffisance cardiaque congestive (ICC). Le Collège Américain de Médecine Interne Vétérinaire (ACVIM) a classé l’insuffisance cardiaque en 4 stades :
- le stade A : où l’animal est prédisposé à une maladie cardiaque (par exemple, le chat Maine Coon est prédisposé à la Cardiomyopathie Hypertrophique (CMH).
- le stade B (ou stade compensé) : où l’animal est asymptomatique.
- le stade C (ou stade décompensé) : où l’animal est en insuffisance cardiaque congestive.
- le stade D : qui représente un stade d’ICC avancé.
L'endroit où ce liquide s'accumule et fuit dépend du côté du cœur qui est affecté :
- Avec une atteinte du côté gauche du cœur, le liquide s'accumule dans les poumons, ce qui entraîne un œdème pulmonaire. Chez le chat, le liquide peut aussi s’accumuler autour des poumons (épanchement pleural).
- Avec une atteinte du côté droit du cœur, le liquide s'accumule dans le thorax, autour des poumons (épanchement pleural) et/ou dans l’abdomen (épanchement abdominal ou ascite).
Quelles sont les causes de l’insuffisance cardiaque congestive chez le chat ? #
L'ICC survient lorsque la maladie cardiaque devient suffisamment sévère pour que le cœur ne puisse plus compenser en travaillant davantage. Chez les chats, il existe deux types de maladies cardiaques : congénitales et acquises. Les maladies cardiaques acquises sont de loin les plus fréquentes.
Les maladies cardiaques congénitales sont présentes dès la naissance.
- Normalement, les valves cardiaques empêchent le sang de circuler dans la mauvaise direction. En cas de malformation des valves, il peut y avoir un reflux sanguin lors des contractions cardiaques (dysplasie mitrale et tricuspidienne).
- Des malformations peuvent aussi créer des ouvertures entre les côtés droit et gauche du cœur (communication interventriculaire [CIV] et communication interauriculaire [CIA]) ou entre les gros vaisseaux sanguins sortant des poumons (persistance du canal artériel ou PCA). Ces orifices sont normalement présents in utero, mais devraient se refermer à la naissance. S'ils restent ouverts, le sang peut circuler dans la mauvaise direction.
- Finalement, le troisième type de malformation sont les lésions obstructives : sténoses pulmonaires et aortiques, fréquentes chez le chien, sont très rares chez le chat. Le ventricule droit double chambre est la malformation congénitale obstructive la plus fréquente chez le chat.
Les maladies cardiaques acquises apparaissent au fil du temps.
- La cardiomyopathie hypertrophique (CMH) est la maladie cardiaque la plus fréquente chez le chat. Elle touche principalement le ventricule gauche, qui pompe le sang vers tout le corps. Avec la CMH, le muscle cardiaque s'épaissit progressivement (hypertrophie), ce qui réduit son efficacité et diminue l’espace disponible pour le sang dans la cavité ventriculaire, entraînant une accumulation de sang dans l'oreillette gauche, qui va se dilater avec le temps.
- D'autres cardiomyopathies sont plus rares chez le chat, comme la cardiomyopathie dilatée (CMD), où le muscle cardiaque s'affaiblit et s'amincit, et la cardiomyopathie restrictive (CMR), caractérisée par une rigidité accrue du muscle cardiaque due à la formation de tissu cicatriciel, ou encore la cardiomyopathie arythmogène ventriculaire droite (ARVC), très rare.
- Les maladies valvulaires acquises sont peu fréquentes chez le chat, à la différence du chien.
Certains chats sont-ils prédisposés aux maladies cardiaques ? #
La cardiomyopathie restrictive peut affecter n'importe quelle race de chat, bien que les mâles soient plus souvent touchés.
Certaines races ont un risque plus élevé en raison de mutations génétiques spécifiques, notamment :
- Maine Coon, Sphynx et Ragdoll, avec une mutation génétique présente chez 33 % des Maine Coon selon une étude.
- Les chats âgés souffrant d’hyperthyroïdie ou d’hypertension artérielle, qui peuvent développer une cardiomyopathie restrictive secondaire due à l’augmentation du travail cardiaque.
Quels sont les signes cliniques de l'insuffisance cardiaque congestive chez le chat ? #
Le signe le plus courant de l’ICC chez le chat est la difficulté respiratoire, qui peut apparaître soudainement. Le chat va respirer plus vite et avec plus d’effort. En cas de stress intense, il peut respirer la bouche ouverte.
Ces signes respiratoires peuvent être liés à une insuffisance du côté gauche (accumulation de liquide dans ou autour des poumons) ou du côté droit (épanchement pleural limitant l’expansion des poumons). Contrairement aux chiens, la toux n’est pas un signe courant d’ICC chez le chat.
Une insuffisance du côté droit peut également provoquer une accumulation de liquide dans l’abdomen (ascite), entraînant une distension abdominale inconfortable et une diminution de l’appétit. D'autres signes moins spécifiques peuvent inclure : intolérance à l’exercice, léthargie, isolement, perte de poids et anorexie.
Une thromboembolie artérielle (TEA) peut également survenir en raison d’une maladie cardiaque sévère. Des caillots sanguins (thrombus) peuvent se former dans le cœur et se détacher, et voyager dans la circulation sanguine. Le plus souvent, ces caillots se logent à l’endroit où l’aorte se divise pour irriguer les pattes arrière, causant une thromboembolie aortique féline. Cela entraîne une paralysie soudaine d’une ou des deux pattes arrière, qui deviennent froides et douloureuses.
Finalement, dans certains cas, les chats cardiaques peuvent développer des malaises de type syncope (évanouissement).
Comment diagnostique-t-on l’insuffisance cardiaque congestive chez le chat ? #
Tout changement respiratoire chez un chat doit être évalué immédiatement par un vétérinaire. L’examen clinique inclut l’écoute du cœur avec un stéthoscope. Un chat atteint peut présenter :
- Un rythme cardiaque rapide (tachycardie)
- Un souffle cardiaque (bruit anormal du flux sanguin)
- Un trouble du rythme (arythmie)
- Un bruit cardiaque anormal appelé « bruit de galop »
Toutefois, certains chats atteints de maladie cardiaque ne présentent aucun bruit anormal à l’auscultation. C’est ce qui rend le diagnostic des maladies cardiaques difficile dans cette espèce. Il est aussi à noter que de nombreux chats ont un souffle cardiaque, sans avoir de maladie cardiaque (on parle alors de souffle physiologique ou non pathologique).
Des radiographies thoraciques sont souvent nécessaires pour évaluer la taille et la forme du cœur ainsi que l’état des poumons. C’est grâce aux radiographies thoraciques que l’on peut détecter l’œdème pulmonaire (« eau dans les poumons »).
D'autres examens peuvent inclure :
- Un électrocardiogramme (ECG) pour analyser l’activité électrique du cœur.
- Une échocardiographie (échographie cardiaque), qui est le meilleur examen pour évaluer précisément la maladie cardiaque.
- Une mesure des taux sanguins de NTpro-BNP, un marqueur de l’atteinte myocardique.
- Un bilan sanguin général et une mesure de la pression artérielle.
La thromboembolie aortique féline est diagnostiquée sur la base des signes cliniques : paralysie soudaine, absence de pouls dans les pattes arrière, membres froids et coussinets bleutés.
Comment traite-t-on l’insuffisance cardiaque congestive chez le chat ? #
Les chats gravement atteints nécessitent une hospitalisation avec oxygénothérapie.
- En cas d’ICC gauche, un diurétique comme le furosémide est utilisé pour éliminer l’œdème pulmonaire.
- En cas d’ICC gauche ou droite, le liquide autour des poumons peut être drainé par thoracocentèse.
- Après stabilisation, des traitements d’entretien peuvent inclure, en plus des diurétiques, des antiplaquettaires (pour prévenir les TEA), des cardioprotecteurs (inhibiteurs de l’enzyme de conversion, pimobendane…), voire des médicaments antiarythmiques.
- En cas de TEA, des anticoagulants (plus exactement des antiplaquettaires) comme le clopidogrel sont administrés pour réduire le risque de récidive.
- Les chats hyperthyroïdiens doivent être traités dès que possible. Certaines malformations cardiaques congénitales peuvent être corrigées chirurgicalement.
Suivi et pronostic #
Les propriétaires doivent surveiller la fréquence respiratoire de leur chat lors du sommeil. Une augmentation progressive ou un rythme supérieur à 30 respirations par minute est préoccupant.
Le vétérinaire effectuera un suivi régulier par analyses sanguines, radiographies thoraciques, ECG et échocardiographie selon les besoins.
Le pronostic dépend de la cause et de la gravité de la maladie. Une CMH secondaire à l’hyperthyroïdie peut s’améliorer avec un traitement adapté. En revanche, les thromboembolies aortiques ont un pronostic réservé à mauvais, avec un risque élevé de récidive. D’où l’intérêt d’une détection précoce des maladies cardiaques afin de prévenir cette complication dévastatrice pour nos chats.