Cas clinique : fièvre chez un chien

Cas clinique : fièvre chez un chien

Fièvre chez le chien : cas médical du Dr. Vet. Simonnot, vétérinaire du service de médecine interne et urgentiste à la clinique AniCura Saint Roch à la Rochelle.

Cas clinique : Fièvre chez un chien - Piroplasmose

Un chien Golden Retriever mâle entier de 5 mois est présenté en consultation d’urgence pour de l’abattement marqué depuis 3 jours. Ce chien est correctement vacciné (3 primovaccination : maladie de Carré, Hépatite de Rubarth, Parvovirus, Leptospirose ; Toux de Chenil), correctement vermifugé mais non à jour de ses antiparasitaires externes.

Lors de l’interrogatoire en consultation, il n’est rapporté aucun antécédent excepté le retrait d’une tique 3 jours auparavant. L’animal ne reçoit en outre aucun traitement actuellement.

Examen clinique

Le chien présente un bon état général avec comme seule anomalie une température élevée à 39,6°C (hyperthermie) et un abattement associé. On parle alors de fièvre.

Hypothèses diagnostiques

Dans le contexte d’une fièvre chez un jeune animal, le diagnostic différentiel doit inclure un processus infectieux (systémique ou localisé) ou inflammatoire prioritairement. Une maladie à médiation immune (dérèglement du système immunitaire) ne doit pas être écartée. Enfin une atteinte tumorale semble moins probable compte tenu du jeune âge de l’animal et sera à considérer si les autres hypothèses sont éliminées à la suite des différents examens complémentaires.

Examens complémentaires

En première intention, une analyse de sang comprenant une numération formule sanguine (analyse des différentes lignées sanguines : globules rouges, globules blancs et plaquettes) et un bilan biochimique de base (paramètres rénaux, hépatiques, glycémie, mesure des protéines sanguines).

Le bilan biochimique est sans anomalie, en revanche, l’hémogramme indique une anémie (diminution du nombre de globules rouges) normochrome (concentration en hémoglobine dans une hématie normale), normocytaire (taille des globules rouges normale), non régénérative pour le moment (la moelle osseuse ne produit pas encore suffisamment de globules rouges pour corriger l’anémie). L’analyse des différentes lignées sanguines montre également une thrombopénie (diminution du nombre de plaquettes sanguines).

Un frottis sanguin (étalement d’une goutte de sang sur une lame et observation au microscope de l’aspect des cellules) est alors réalisé. Cet examen confirme le manque de plaquettes et montre des globules blancs réactionnels confirmant la présence d’un processus infectieux ou inflammatoire. Enfin, des parasites sont visualisés au sein de certains globules rouges (cf. Photo 1). Ces parasites sont appelés piroplasmes.

Photo 1 : Frottis sanguin ; Flèche : Piroplasme

Ainsi, il est mis en évidence fièvre associée à une anémie et une thrombopénie secondaires à une piroplasmose (ou babésiose).

Traitement

Un piroplasmicide (dipropionate d’imidocarbe) est injectée par voie intramusculaire afin d’éliminer ces parasites sanguins.

Evolution

Un suivi de l’hémogramme est réalisé une semaine plus tard et montre une régénération importante des globules rouges par la moelle osseuse avec résolution de l’anémie et de la thrombopénie et disparition de la fièvre.

Discussion

La piroplasmose (ou babésiose) est une maladie relativement fréquente chez le chien, transmise par certaines tiques, notamment (Dermacentor reticulatus et Rhipicephalus sanguineus) au cours d’une morsure de ces dernières. Les conséquences de cette maladie peuvent être graves (anémie, thrombopénie, insuffisance rénale, atteinte hépatique, …). Dans certains cas une hospitalisation et une transfusion sanguine peuvent être nécessaire.

Lorsque le parasite n’est pas visualisé au frottis sanguin, une recherche par PCR sur le sang total peut être réalisée.

En outre d’autres maladies transmises par les tiques peuvent être associées et sont à rechercher (erlichiose, anaplasmose, …) car elle nécessite une antibiothérapie.

Il est donc important après chaque promenade d’inspecter la présence de tique sur votre animal et de lui administrer régulièrement un traitement anti-parasitaire ayant une action sur les tiques.

 

Dr. Vet. N. Simonnot (Service des urgences – AniCura Saint-Roch) DMV (Oniris) ; Diplômé de l’Internship des CHV (CHV Frégis) ; Ancien assistant en médecine interne (CHV Frégis)